Colloque organisé par la MSH Paris Nord, la MSH des Alpes, la MSH d'Aquitaine, la MSH de Paris, la MSH Nord-Pas de Calais et le Gricis
Université du Québec à Montréal, dans le cadre de l'Action Concertée Incitative (ACI) du réseau des MSH.
  Atelier 3.1 - Ateliers 3.2 - Ateliers 3.3 - Ateliers 3.4 - Ateliers 3.5
   
Atelier 3.5 Des logiques alternatives aux offres industrielles et marchandes
   
  Président :
- Bertrand Legendre, Université Paris 13 - LAbSIC - MSH Paris Nord, France

Intervenants :
Laurence Allard, Olivier Blondeau, Université Lille 3, France
« Les Médias Mobiles Libres : logiques alternatives d'innovation et d'usage sur le front des technologies de la mobilité »

Franck Leard, Marin Ledun, France Telecom R&D, Issy-Les-Moulineaux, France
« Les contenus autoproduits : vers une régénérescence des industries culturelles par l'amateurisme ? »
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Pierre-André Mangolte, Université Paris 13, CNRS, France
« "Marchand" et "non-marchand" dans l'économie des logiciels »
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Vincent Rouzé, Université Paris 8 - CEMTI, France
« Musiques et industries : des mondes de pratiques… »

Gabor Valyi, Budapest University of Technology, Department of Sociology and Communication, Centre for Media Research and Education, Hongrie
« La survie sociale des disques vinyles. Une ethnographie des marchés secondaires, de la collection, des médias de communautés virtuelles et du capital sub-culturel en transition »

   
 

« Les Médias Mobiles Libres :
logiques alternatives d'innovation et d'usage sur le front des technologies de la mobilité »

Laurence Allard, Olivier Blondeau
Université Lille 3, France

Cette proposition s'attachera plus particulièrement aux relations entre les groupes de télécommunication et opérateurs de téléphonie et des activistes qui se réapproprient les technologies de la mobilité pour développer des projets de "médias mobiles libres".

En rappelant différentes expérimentations de part le monde - Blasterisk against torture, nous nous centrerons sur un terrain d'observation français avec un projet "Blast_Castons le DADVSI". A l'occasion du débat sur le projet de loi "Droits d'auteur, droits voisins dans la Société de l'Information en mars 2006, a été développée une expérimentation de "zone autonome de téléphonie libérée" permettant de suivre en direct les débats via des messages vocaux postés sur un blog ou depuis un numéro de téléphone (DID acheté pour 3 dollars...).

Partant du constat que le modèle économique des opérateurs de téléphonie en matière d'interopérabilité du web et du mobile consistent à faire facturer des usages développés par ailleurs (accès aux contenus du web qui sont souvent auto-produits), ce collectif a développé une expérimentation qui s’appuie sur la VoIP (Voix sur IP) en utilisant le logiciel libre Asterisk, qui est capable de gérer l’ensemble des protocoles traditionnels de la téléphonie des plus classiques aux plus innovants, messagerie vocale, wap, visioconférence, salle de conférence. Une de ses caractéristiques est de permettre par ailleurs de poster des messages vocaux sur le Web via un blog, rendant possible la syndication des messages et de les podcaster. Ils ont enfin proposé une offre gratuite de contenus pour mobile (vidéo 3 G et sonneries de téléphone) afin de pointer la stratégie de monopolisation des catalogues des majors de l'industrie de contenus, notamment son investissement récent dans la production cinématographique. Ainsi, c'est sur le terrain hautement stratégique même du développement de média mobile que semble s'être placée cette coalition d'activistes du copyright et du logiciel libre, de développeurs et d'usagers de la téléphonie mobile.

En nous livrant à une ethnographie contextualisée de cette expérimentation, à laquelle nous avons été associés en tant que sociologues et spécialistes des industries culturelles, nous mettrons à jour les usages et formes de réappropriation des innovations en matière de téléphonie et les propositions alternatives aux stratégies industrielles des Telcos, émanant de coalition originale d'activistes, développeurs ou usagers venant configurer, via de telles expérimentations techno-sociales, des modèles socio-économiques originaux de convergence des médias, ainsi que des logiques d'innovations socio-technologiques "pour et par le bas", en paraphrasant E. Van Hippel.

« Les contenus autoproduits : vers une régénérescence des industries culturelles par l'amateurisme ? »

Franck Leard, Marin Ledun
France Telecom R&D, Issy-Les-Moulineaux, France

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Le fonctionnement des industries culturelles est marqué par un intérêt croissant pour les pratiques, les productions et les multiples innovations (sociales et techniques) émanant des utilisateurs eux-mêmes. Comprendre l'intérêt des industriels pour les contenus autoproduits suppose d'analyser les multiples réappropriations des objets techniques, mais aussi de saisir la genèse particulière de leurs propres créations. Cette orientation impose de fait le renouvellement des approches méthodologiques, passant désormais par la compréhension affinée de l'expérience sociale de l'utilisateur. Autrement dit, il s'agit d'être à même de saisir de manière plus significative comment se structure une pratique, avec pour objet, l'intégration en amont du client/utilisateur/consommateur à la conception des services et des produits. A travers les exemples de l'autoproduction de contenus musicaux, des licences alternatives de propriété intellectuelle (Creative Commons) ou encore des réappropriations particulières des "mélomanes numériques" (podcasting, audio-blogs, web radios…), nous tenterons dans un premier temps de mettre en évidence les remaniements de l'architecture du système de diffusion des biens symboliques que connaissent aujourd'hui les industries culturelles. Par la suite, nous envisagerons les différentes implications de l'approche expérientielle, tant d'un point de vue méthodologique que théorique.

« "Marchand" et "non-marchand" dans l'économie des logiciels »

Pierre-André Mangolte
Université Paris 13, CNRS, France

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Dans un certain nombre d'activités de production et d'échange de biens (et/ou de services) cohabitent deux sphères : une sphère marchande et une sphère non-marchande. C'est actuellement le cas pour l'économie des logiciels. Un grand nombre de programmes (Apache, Linux, Firefox, etc...) sont en effet produits en open source, sans investissement apparent, sans paiement des contributions et sans vente directe des produits. Ceux-ci sont en effet distribués en règle générale gratuitement. Ces pratiques reposent sur un ensemble de licences (GNU-GPL, licences BSD, MPL, etc.) qui représentent de véritables innovations institutionnelles. Elles réorganisent en effet le copyright (ou droit d'auteur) appliqué aux logiciels de manière à accorder aux utilisateurs du programme des droits d'usage particulièrement étendus, en sacrifiant volontairement le droit patrimonial (fructus) du créateur du code. Ces licences ont permis l'émergence et l'installation dans la durée d'une certaine manière de produire et de partager le code et les programmes, en dehors de toute transaction marchande. Une véritable économie des logiciels libres (free software) a été ainsi progressivement mise sur pied en opposition aux stratégies "propriétaires" plus classiques des éditeurs de progiciels (packages).

Parallèlement, un grand nombre de programmes ont été et sont toujours, depuis longtemps, fournis gratuitement (comme freewares), sans pour autant être des logiciels libres ou des logiciels open source. On peut alors se poser la question de la "valeur des logiciels" en tant que produits - valeur marchande et valeur d'usage -, et aussi la question de leur "coût". Une question qui fait intervenir des déterminants techniques généraux (le logiciel comme code, "texte actif" ou fichier numérique), mais aussi la place du code considéré dans l'ensemble du système informatique, la définition particulière des droits de propriété intellectuelle, la relation existant entre le producteur et l'utilisateur de code (fourniture d'un produit ou relation de service, etc.), ainsi que les modèles économiques en présence.

Dans cette communication, nous voudrions analyser ces deux formes alternatives, marchandes et non-marchandes, de production des mêmes objets techniques, les logiciels. Après avoir posé la question de la valeur des logiciels, et expliqué ainsi le phénomène "freeware", ou la mise dans le domaine public de certains codes, on cherchera à identifier les principales causes - techniques, sociales, institutionnelles - du clivage "marchand/non-marchand" dans la production et la distribution des programmes. Dans cette perspective, on s'intéressera plus particulièrement au développement d'une économie des logiciels libres, en distinguant les étapes dans l'émergence et le renforcement de cette sphère non-marchande de l'économie. On partira de l'innovation institutionnelle initiale (les licences) pour retracer la mise sur pied des grands projets open source à partir de réseaux étendus de programmeurs-utilisateurs. Dans une deuxième étape, un système de distribution des produits (non-marchande ou marchande) est apparu. Plus récemment, la simple cohabitation des logiciels libres et des logiciels sous droits de propriété restrictifs (copyright et patents) cède la place à une articulation plus complexe, où l'on voit des logiciels libres remplacer des logiciels propriétaires, un abandon de certaines stratégies propriétaires antérieures, mais aussi l'intégration dans les modèles économiques des grandes firmes de l'industrie de l'informatique de programmes directement issus du mouvement open source.

« Musiques et industries : des mondes de pratiques… »

Vincent Rouzé
Université Paris 8 - CEMTI, France

Dans le cadre de cette communication et à l’heure des nombreux débats sur l’avenir de l’industrie musicale, nous proposons de faire un pas de côté et d’aborder ces thématiques sous l’angle des pratiques. C'est-à-dire de considérer la musique non pas comme un « objet », mais comme le résultat construit de pratiques quotidiennes. Au travers des jeux d’interactions entre productions culturelles et usages quotidiens, entre stratégies et tactiques, se dessinent non plus la Musique, mais des histoires de musique résultant d’une multitude de médiations.

En nous appuyant sur une posture pragmatique critique, nous montrerons dans quelle mesure ces dernières engagent des acteurs, des lieux, des contextes situationnels.

L’étude de ces pratiques permettra de dessiner quelques « hybridations musicales » depuis les années 80. La première, relative à la production, portera sur l’évolution du secteur musical. Dans un marché concurrentiel, les acteurs ont développé des stratégies favorisant tantôt la fusion des secteurs culturels, médiatiques et technologiques appelant à des productions « homogénisées », tantôt la naissance de structures de production et de diffusion spécialisées (« des niches ») valorisant la diversité et l’hétérogénéité. La seconde concerne les usages et plus particulièrement l’impact des NTIC sur nos « manières de faire » de la musique. A la « discomorphose » se substitue aujourd’hui ce que nous appellerons une « ordinomorphose ». La dernière enfin concerne la place de la musique dans notre quotidien marquant l’érosion des frontières entre les sphères publiques et privées.

Pour terminer nous conclurons sur le fait que la musique n’est pas tantôt l’instrument, tantôt la partition, tantôt le disque, tantôt l’économie, tantôt sa médiatisation, tantôt les pratiques amateurs et professionnelles, tantôt les recherches universitaires, tantôt les critiques, mais elle est un ensemble fait de tous ces éléments combinés de manière formelle ou accidentelle. Bref, elle est un monde de pratiques quotidiennes…

« La survie sociale des disques vinyles. Une ethnographie des marchés secondaires, de la collection, des médias de communautés virtuelles et du capital sub-culturel en transition »

Gabor Valyi
Budapest University of Technology, Department of Sociology and Communication, Centre for Media Research and Education, Hongrie

La musique enregistrée est en voie de dépasser la phase où elle était achetée et vendue comme un bien sous sa forme matérielle. Dans la lumière des canaux émergents pour la distribution de musique en ligne, même le disque compact devient obsolète, et d’autant plus le disque vinyle, considéré par l’industrie de la musique comme une forme de média morte depuis longtemps.

Ceci étant dit, la durée de vie de ces objets va néanmoins au-delà de leurs phases initiales de produits commerciaux, pendant lesquelles les compagnies de production les gardaient en circulation et les médias musicaux se souciaient d’en écrire. Cette longévité matérielle permet aux enregistrements de retourner dans la sphère des échanges commerciaux comme des biens d’occasion.

Les marchés secondaires de la musique, sur lesquels les vinyles d’occasion circulent, fonctionnent d’une façon presque indépendante des industries de la musique et des médias qui avaient produit les enregistrements et déterminé leurs prix et leurs significations potentielles par les moyens marketing et de critique.
Les marchés secondaires sont en fait des économies sub-culturelles indépendantes mobilisées par les cultures de collection qui se concentrent autour de certains styles et goûts et développent leurs réseaux de marché d’occasion pour les enregistrements ainsi que pour d’autres médias sub-culturels liés à la collection d’enregistrements (émissions radio, fanzines, magazines spécialisés, blogs).

Avec la croissance de cette économie sub-culturelle, l’enthousiasme d’amateurs souvent progresse vers des entreprises culturelles commerciales ; le capital sub-culturel est converti en capital financier.
L’infrastructure des médias est essentielle pour la croissance et l’endurance de ces cultures de goût. L’arrivée de l’Internet comme un médium bon marché et efficace pour la  communication entre communautés virtuelles et  pour l’échange économique a lié et fortifié les communautés similaires du monde auparavant isolées.
Ma recherche est une étude de cas illustrant la nature de cette évolution de la technologie des médias de communauté et ses conséquences sur la vie de certaines cultures transnationales de collectionneurs  en se focalisant sur ces questions : 

- Comment l’économie sub-culturelle croissante et les médias de communauté s’institutionnalisent ;
- Comment les acteurs établis de l’industrie culturelle reconnaissent et profitent de la demande sub-culturelle croissante ;
- Comment le capital sub-culturel est-il re-conceptualisé et redistribué au cours de ce processus ?