Colloque organisé par la MSH Paris Nord, la MSH des Alpes, la MSH d'Aquitaine, la MSH de Paris, la MSH Nord-Pas de Calais et le Gricis
Université du Québec à Montréal, dans le cadre de l'Action Concertée Incitative (ACI) du réseau des MSH.
  Atelier 3.1 - Ateliers 3.2 - Ateliers 3.3 - Ateliers 3.4 - Ateliers 3.5
   
Atelier 3.4 Nouveaux outils, nouvelles pratiques
   
  Président :
- Françoise Paquienséguy, Université Paris 8, CEMTI, MSH Paris Nord, France

Intervenants :
Armelle Bergé, Delphine Saizonou, CARISM - TECH/SUSI, France / Fabienne Gire, Fabien Granjon, TECH/SUSI, France
« Discuter, faire, échanger : réseaux relationnels et pratiques culturelles »

Didier Bieuvelet, Vincent Bullich, Patrick Guillaud, GRESEC - Université Stendhal-Grenoble 3, France
« Les usages des Baladeurs MP3 »
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Evelyne Broudoux, Université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines / Oriane Deseilligny, Paris 10, France
« Editer et publier en ligne : des espaces de rencontre entre auteurs, éditeurs et lecteurs »

Anders Edström Frejman, Royal Institute of Technology, Stockholm, Suède
« Les consommateurs du monde virtuel : que partagent-ils, que téléchargent-ils, que diffusent-ils ? »
>>> Télécharger le texte de la communication (Version anglaise)

Viviane Le Fournier, Université Paris 8, LERASS Toulouse 3, France
«La construction des pratiques d’achat en ligne au travers des biens culturels  »

Christian Malaurie, Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3
« Usages improbable du spectacle : de l’écran à la scène »

   
 

« Discuter, faire, échanger : réseaux relationnels et pratiques culturelles »

Armelle Bergé, Delphine Saizonou
CARISM – TECH/SUSI, France

Fabienne Gire, Fabien Granjon
TECH/SUSI

Interrogeant les transformations des pratiques culturelles, certains travaux récents invitent à (ré)introduire dans l’analyse, la part de la sociabilité dans lesquelles ces dernières s’inscrivent. Les pratiques culturelles en effet, dans leur accomplissement, se nourrissent et sont alimentées par des interactions avec d’autres : discuter autour des œuvres, échanger des contenus par prêt ou emprunt, partager des activités (regarder la télévision en famille, écouter la radio avec des collègues, jouer de la musique dans un groupe etc.) sont autant de pratiques relevant de la sociabilité culturelle ordinaire.

Au-delà de la vision d’un espace de pratiques – souvent d’ailleurs de simples consommations – plus ou moins figé dans une homologie à un espace de positions sociales, la prise en compte des sociabilités culturelles permet de mieux rendre compte de la dynamique des pratiques culturelles et de l’organisation de celles-ci au-delà du simple moment de la consommation. Le rôle des réseaux relationnels peut ainsi être convoqué pour soutenir l’analyse de phénomènes tels que la montée de l’éclectisme culturel (Di Maggio, 1987 ; Peterson, 1992 ; Bergé & Granjon, 2005), tendance lourde de l’évolution des portefeuilles de goûts identifiée au cours de la dernière décennie (Donnat, 1994), ou inversement, certaines formes de pression au conformisme, notamment chez les jeunes (Pasquier, 2005).

Nous proposons ici de rendre compte de la manière dont différents cercles relationnels (le foyer, la famille, les amis, mais aussi les collègues et camarades de classe, les connaissances et voisins, ou encore des internautes) sont mobilisés dans les activités autour de contenus culturels au travers aussi bien du dire, de l’échange que du faire ensemble. Des données issues d’une enquête par questionnaire seront mobilisées pour dresser un état des lieux quantitatif des sociabilités culturelles dans plusieurs domaines de pratiques (musique, vidéo, lecture). Nous verrons à ce titre, qu’en dépit de l’usage croissant des TIC dans les pratiques de consommation culturelle, les médiations et les collectifs les plus traditionnels continuent à structurer fortement les pratiques des individus. Les mutations récentes des industries de la culture, particulièrement la numérisation des contenus, qui facilite leur duplication et favorise de nouvelles formes de (mise en) circulation (P2P, dispositifs de stockage numérique mobiles, etc.) et les transformations des pratiques culturelles qui vont dans le sens d’une informatisation croissante invitent cependant à explorer à grain plus fin, la part des sociabilités et celle des mutations technologiques, dans les pratiques culturelles et leur éventuelle évolution. Une trentaine d’entretiens conduits avec des personnes à différents « stades » d’équipement en TIC (non usagers de l’informatique, usagers de l’ordinateur simple, et internautes plus ou moins avancés), menés dans la perspective d’un récit de pratiques diachronique, nous permettrons de relever plus précisément, ce qui est susceptible de faire rupture dans les sociabilités autant que dans l’usage des TIC cadrant les pratiques culturelles.

« Les usages des Baladeurs MP3 »

Didier Bieuvelet, Vincent Bullich, Patrick Guillaud
GRESEC - Université Stendhal-Grenoble 3, France

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Les baladeurs « MP3 » sont devenus, dans l’imagerie publicitaire et plus largement médiatique, un archétype des mutations de la musique enregistrée, désormais non plus seulement numérique mais dématérialisée. Ils symbolisent, selon les discours, la recomposition de l’économie de la musique enregistrée au sein de laquelle s’impose de nouveaux formats et de nouveaux acteurs, ou l’émergence d’un nouvel auditeur, toujours plus mobile et technophile.

C’est précisément ce second aspect que nous avons interrogé au cours d’une étude visant à appréhender les usages de ces appareils dans une approche initialement généalogique, c’est-à-dire par une mise en perspective de notre objet avec les travaux réalisés sur les usages du Walkman. Nous nous sommes concentrés ensuite sur les propriétés inédites des usages liés à ces appareils. Pour ce faire, nous avons premièrement réalisé une étude ergonomique dont l’objectif était de définir les potentialités et contraintes d’usages de l’ordre de la prescription ou inscrites dans les outils mêmes. Nous avons deuxièmement mené une enquête auprès de trois populations qui constituent le cœur de cible des campagnes de marketing : lycéens, étudiants et jeunes actifs. L’objectif était d’identifier par l’intermédiaire d’une quinzaine d’entretiens semi-directifs (individuels ou en groupe) des aspects représentatifs de leurs usages effectifs.

Il en ressort que la dématérialisation des formats musicaux a eu pour conséquence une « mise en dispositif » des outils nécessaires à l’obtention et l’écoute de la musique sur un baladeur. On peut appréhender ce dispositif comme un ensemble de fonctions distribuées : c'est-à-dire des fonctions réparties sur plusieurs outils, mais interdépendantes et sine qua non à l’activité. Cette mise en dispositif a pour conséquence une élévation du niveau de compétences (techniques et cognitives) et de ressources matérielles requis pour l’activité. Nous avons dès lors observé deux attitudes idéales-typiques, ces attitudes n’étant pas toujours clairement distinguées, mais constituant les pôles d’un continuum sur lequel les usages effectifs viennent se positionner :

- la première consiste en l’acquisition individuelle des composantes matérielles nécessaires à la constitution du dispositif (a minima : un baladeur, un ordinateur et une connexion à Internet), ainsi qu’en l’apprentissage des compétences techniques et cognitives nécessitées par les différentes fonctions du dispositif ;
- la seconde consiste en une distribution des ressources et compétences requises aux cercles de sociabilités proches (famille et amis), le possesseur de baladeur devient dès lors dépendant d’autres individus pour pouvoir écouter de la musique avec cet appareil.

Cette hétéronomie constatée chez la plupart des individus interrogés semble indiquer que les usages des baladeurs MP3 se développent dans un double mouvement d’individualisation et de personnalisation des pratiques d’une part et probablement de complexification et collectivisation des conditions de leur mise en œuvre d’autre part. Si l’outil est personnel et son usage idiosyncrasique, il intègre un dispositif complexe et les compétences et ressources nécessaires à son fonctionnement sont susceptibles d’être distribuées entre plusieurs individus.

« Editer et publier en ligne : des espaces de rencontre entre auteurs, éditeurs et lecteurs »

Evelyne Broudoux
Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines

Oriane Deseilligny
Paris 10, France

La communication s’appuie sur les résultats d’une étude confrontant deux dispositifs de médiatisation en réseau de la communication écrite dans le domaine littéraire.

E-critures et Ecrits-vains ? sont deux dispositifs en ligne d’édition et de publication utilisés par les auteurs pour discuter et faire connaître des œuvres, se faire entendre dans l’espace électronique littéraire et récolter ainsi l’écho de lecteurs. La façon dont les acteurs bâtissent et adaptent à leurs besoins différents dispositifs technico-communicationnels (atelier d’écriture, forum, liste de discussion, revue littéraire, site web servant au référencement) nous est apparu caractéristique des nouveaux modes d’échanges et d’autopromotion servant à la reconnaissance des auteurs dans l’espace électronique.

Les différences significatives des processus d’édition et de publication au sein d’E-critures et d’Ecrits…vains ?, ainsi que leurs points communs permettent d’affirmer que le filtrage éditorial est au cœur de ces dispositifs, car ceux-ci articulent les opérations liées aux pratiques d’écriture (production, analyse critique, évaluation), aux opérations techniques liées aux formats de production (mise en forme et circulation des œuvres et des documents), aux opérations sociales enfin liées aux procédures d’inscription dans une communauté, d’échanges de commentaires et de positionnement des auteurs.

Ces dispositifs renouvellent le concept de « revue » par leur conjugaison personnalisée des outils de communication et de publication et leur instrumentation des phases de création-production-diffusion des textes dans des espaces singuliers de monstration.

Enfin, cette renégociation des fonctions « editor » et « publisher » est caractéristique des nouveaux modèles éditoriaux dans le champ de l’édition redistribuée, où l’arrivée d’acteurs sociotechniques contribue progressivement à en diversifier le paysage.

« Les consommateurs du monde virtuel : que partagent-ils, que téléchargent-ils, que diffusent-ils ? »

Anders Edström Frejman
Institut Royal de Technologie, Suède

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Chez les médias de radiodiffusion de nombreux pays, on a pu assister à une forte tendance à la concentration des pouvoirs, ainsi qu'à un déclin de la diversité culturelle. Des études empiriques complètes (effectuées sur une durée de onze ans) concernant les diffuseurs nationaux suédois ont montré à la fois une stagnation et un déclin de la durée des listes de lecture (respectivement 68% et 84%), ainsi qu'une similarité grandissante entre les listes de lecture des diffuseurs (47%). En 2003, trois principaux réseaux commerciaux contrôlaient 70% des licences commerciales radiophoniques disponibles en Suède (30% en 1993). Cet état de fait a entre autres eu pour conséquence de diminuer le nombre d'éditorialistes (personnes décidant de la diffusion des chansons), rendant la diffusion d'une chanson de plus en plus difficile. C'est probablement un des facteurs qui a contribué à l'augmentation du nombre des compagnies de disques et des maisons de publication musicale détenues par les artistes eux-mêmes.

La diversité a été citée comme étant l'un des principaux facteurs du succès des réseaux de peer-to-peer (P2P). Moyennant un coût pratiquement nul, les utilisateurs ont pu adapter et contrôler l'usage fait des fichiers téléchargés sur leurs PC, téléphones portables ou autres baladeurs. En d'autres termes, diversité, contrôle, et prix. La première réponse de l'industrie musicale a été, en dehors du fait d'essayer de tuer ces réseaux, de lancer ses propres services, l'utilisateur bénéficiant d'une diversité limitée, d'un niveau de contrôle limité et d'un modèle de prix limitant. Même le fractionnement des albums et la possibilité donnée aux utilisateurs de choisir librement parmi des titres téléchargeables numériquement sont restés un obstacle mental difficile à franchir pour les compagnies de disques, mais cela s'est finalement soldé par un succès – particulièrement avec l'aide d'Apple. Depuis le lancement de l'iTunes Music Store en avril 2003, plus d'un milliard de titres ont été achetés, ce qui en fait le premier service de téléchargement légal à avoir rencontré un succès à grande échelle. Particularités : une diversité correcte, un niveau de contrôle acceptable, et un prix considéré comme raisonnable par les acheteurs.

Même si le nombre de téléchargements numériques légaux explose, le pourcentage de revenus que tirent les artistes de cette nouvelle activité ne semble pas suivre cette tendance. En France, sur les 99 centimes d'euro que coûte un téléchargement légal, en moyenne 3 reviennent aux artistes, 7 à la Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), et 65 reviennent aux producteurs, autrement dit aux maisons de disques. Le reste est partagé entre les royalties reversées aux entreprises de DRM (frais de licence du logiciel de restriction de l’usage privé), aux fournisseurs d'accès à Internet, et aux sociétés bancaires telles que VISA.

En parallèle, la guerre contre les amateurs de partage sauvage de fichiers continue comme avant. Pire encore, l'intérêt pour le partage de fichiers est en augmentation. Les chiffres publiés par le site Internet spécialisé dans le P2P slyck.com indiquent une augmentation régulière du nombre total de personnes utilisant le P2P (2003-2006). De façon plus surprenante, ces chiffres ne prennent pas en compte Direct Connect et le très populaire réseau BitTorrent. La popularité toujours grandissante des réseaux de peer-to-peer et le succès en parallèle des téléchargements légaux soulèvent des questions concernant le contenu présent dans ces deux mondes. Certaines études ont notamment conclu que les amateurs de partage de fichiers sont également de grands acheteurs de disques compacts, de grands acheteurs en ligne et des amoureux des concerts. Mais peu de choses ont été écrites sur le contenu exact des fichiers téléchargés sur ces réseaux, sur ce qui est vendu par les services numériques légaux et sur les préférences musicales des abonnés à la 3G et des auditeurs de radios web – que ce soit en termes de similarités et de différences.

Objectifs
Le but principal de ce rapport est d'analyser les catégories d'oeuvres musicales qui sont partagées et téléchargées parmi les amateurs de partage de fichiers. Oeuvres nouvellement créées, musique ancienne, étrange, ou peut-être inconnue ? L'attention est-elle portée sur un nombre limité de titres ou plutôt sur un nombre de titres très important ? Un deuxième objectif consiste à comparer tout d'abord le partage sauvage de fichiers aux téléchargements légaux, puis à la 3G et aux radios web, afin de mettre en lumière des modèles semblables. Les comparaisons permettront d'obtenir des informations d'importance dans le cadre de futures stratégies gagnantes.

Méthodologie
Les principales données présentes dans ce rapport proviennent de deux cas d'étude empiriques sur les téléchargements en P2P. Le premier cas a été consacré aux fichiers demandés sur un nombre significatif de hubs Direct Connect durant le mois de mai 2005. Cette étude a été menée sur un ordinateur en Suède à l'aide de logiciels sur mesure de reniflage de paquets (“sniffing”). Le second cas a eu trait à des données de reniflage similaires issues d'un noeud Gnutella majeur en mars 2003, ceci incluant de considérables données de trafic P2P issu de campus d'universités américaines. Dans les deux cas, des milliers de requêtes concernant des fichiers ont été sélectionnées de manière aléatoire en vue d'un classement et ont été entrées manuellement dans le moteur de recherche de l'iTunes Music Store. Les correspondances avec des chansons existantes ont été classées – avec le titre, l'artiste (ou le groupe), le genre et la date de sortie la moins récente – jusqu'à ce que, dans chaque cas, 1000 chansons soient identifiées. Une troisième étude a été consacrée à des données empiriques concernant des fichiers téléchargés légalement via la subdivision suédoise d'iTunes et ses concurrents nordiques. Pour compléter cette étude, des données empiriques sur les téléchargements de vidéos musicales provenant de la branche suédoise de l'opérateur 3G “3” ont été utilisées afin d'obtenir une perspective plus large, puisqu'elle inclut les téléchargements mobiles. Des chansons demandées sur une station de radio en ligne suédoise (fondée en 1999) ont également été utilisées afin d'élargir notre point de vue. Ces données contiennent des requêtes (titre, artiste, nombre de requêtes) allant de janvier à septembre 2005.

Conclusions et récapitulatif
De nombreux résultats ont confirmé les hypothèses précédentes faites au niveau des réseaux de peer-to-peer. L'une des principales conclusions établit que les recherches effectuées sur ces réseaux reflètent une diversité particulièrement aiguë concernant les termes utilisés dans les recherches, plutôt que des recherches massives concernant certaines oeuvres. Nombre d'entre elles concerne des chansons confidentielles qui sont recherchées puis partagées, la plupart n'étant pas disponible sur des services de téléchargements légaux. De façon assez surprenante, on a pu noter que l'âge moyen des chansons demandées sur les réseaux de P2P étudiés était élevé, et que les chansons téléchargées sur les services légaux suédois étaient très diverses. L'étude conclut par-dessus tout que, malgré les hésitations précoces des industries productrices de contenu, une stratégie gagnante sur le long terme semble reposer sur une grande diversité de l'offre, associée à des exigences raisonnables au niveau du contrôle et du prix. Cependant, l'incompatibilité actuelle entre les services de téléchargement légal, majoritairement entre iTunes et tous les autres, fausse la compétition et par conséquent freine l'explosion de la vente de musique en ligne. L'impossibilité de déplacer des chansons protégées par DRM entre différents appareils tels PC, baladeurs Mp3 et téléphones portables constitue également un second obstacle majeur.

« La construction des pratiques d’achat en ligne au travers des biens culturels »

Viviane Le Fournier
Université Paris 8, LERASS Toulouse 3, France


La croissance continue des chiffres du commerce électronique semble convaincre les acteurs d’une « banalisation » de l’achat en ligne (ACSEL, FEVAD) et les chercheurs de la disparition des freins aux transactions commerciales électroniques (Madrid, Monnoyer, 2005). Cette assurance laisserait penser que les pratiques d’achat se sont rapidement modifiées sous l’effet conjugué de l’augmentation de la diffusion des TIC dans la population et de l’amélioration des performances techniques, tout particulièrement du haut débit. Rappelons pourtant que l’achat en ligne ne concerne que 40% des internautes en 2005 (CREDOC).

Certes, Internet semble bien accompagner les changements sociaux (Proulx, 2005) et créer des opportunités pour d’autres façons de consommer, tels les biens culturels (Licoppe et al. 2003). En effet, ceux-ci semblent jouir d’une place privilégiée puisqu’un cyber-acheteur sur deux déclare en avoir acheté en 2005, peut-on pourtant en déduire que les pratiques d’achat seraient re-structurées sous l’effet mécanique d’une offre marchande en ligne étoffée et de l’accès accru aux TIC.

Notre communication s’attache à expliciter la façon dont les internautes inscrivent les sites commerciaux de biens culturels dans leurs pratiques d’achat de livres en ligne et hors ligne.

Les données recueillies auprès d’un échantillon d’une soixantaine d’internautes contribuent à éclairer deux dimensions, la première concerne le rôle du livre dans l’apprentissage de l’achat en ligne favorable à la suppression des préventions et, la seconde, se focalise sur la place des relations de proximité entretenues avec le livre, son lieu de commercialisation et le vendeur.

Les enseignements portent en premier lieu sur la matérialité de l’objet, sa taille, son prix qui relativisent fortement les risques attachés à la distance et contribuent à faire du livre une occasion de tester ce mode d’achat dans une logique de rationalisation. Il nous conduit à souligner les différences de perception en liaison avec la nature de l’ouvrage, littérature professionnelle ou de loisirs, qui marque une ligne de clivage dans les comportements d’achat.

Au-delà de ces particularités, les discours des internautes sur le statut spécifique du livre dans les pratiques d’achat et dans les modes de vie montrent les combinaisons opérées entre les habitudes de consommation culturelle dans les circuits traditionnels et l’attention portée à l’offre culturelle en ligne. S’il est difficile de faire émerger de façon affirmée un profil typé de l’acheteur de livre en ligne, l’offre électronique séduit par ses avantages liés aux spécificités d’Internet. Mais, par ailleurs, l’affectivité qui caractérise la démarche d’achat dans les librairies traditionnelles ou dans les grandes surfaces spécialisées reste vivace aboutissant à des comportements d’achat hybrides dont il est difficile aujourd’hui d’anticiper la pérennité.

« Usages improbable du spectacle : de l’écran à la scène »

Christian Malaurie
Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3

Dans le champs spécifique des arts du spectacle associant aujourd'hui de plus en plus les arts traditionnels de la scène, et les arts plus contemporain de l'écran, il s'agit d'interroger les usages improbables qui ne peuvent pas être analysés d'une part en terme de « mises en objets », ni même en terme de « contenus identifiés ».

D'un point de vue méthodologique il semble que ni les approches de la diffusion, de l'innovation et de l'appropriation des produits culturels, ni même les approches en termes de « significations d'usage » ne permettent de rendre compte de ces productions qui prennent formes dans des lieux alter situés ou voulant se situer dans du « hors-marché »et qui peuvent devenir ou non des objets de consommation culturelle pour des publics ciblés. D'un point de vue empirique, il s'agit alors d'analyser, notamment en terme de territorialisation et de déterritorialisation de ces usages, comment d’une part, ils se situent dans le mouvement mondialisé du développement de l'urbain (qui ne doit pas être confondu avec le processus d'urbanisation traditionnelle de la ville avec ses espaces hiérarchisés et son organisation centre-périphérie). En effet, l’urbanisation actuelle doit être appréhendée à partir de la caractérisation des formes sociales contemporaines de la ville-réseau polycentrée, ouverte à la mobilité de ses paysages. D’autre part, comment ils sont déterminés par le développement des industries culturelles.

Deux axes d’analyse concernant les lieux culturels urbains peuvent donc être définis : d’une part un axe portant plus globalement sur les nouveaux usages de friches industrielles (devenues scènes de spectacles vivants, ou offrant de nouveaux écrans filmiques), qui s’inscrivent dans la dynamique des mutations urbaines contemporaines, et d’autre part un axe concernant les inscriptions durables de lieux culturels dans un territoire qui voient le développement d’usages improbables (accueil soigné, absence de publicité, absence de stars programmées, etc.), offrant à des spectateurs des programmations autour de disciplines artistiques concernant le domaine du spectacle (cinéma, musique, arts du spectacle vivant).