Colloque organisé par la MSH Paris Nord, la MSH des Alpes, la MSH d'Aquitaine, la MSH de Paris, la MSH Nord-Pas de Calais et le Gricis
Université du Québec à Montréal, dans le cadre de l'Action Concertée Incitative (ACI) du réseau des MSH.
  Atelier 2.1 - Ateliers 2.2 - Ateliers 2.3 - Ateliers 2.4 - Ateliers 2.5
   
Atelier 2.1 Politiques publiques, lobbying industriel et internationalisation des ICIC
   
  Président :
- Tristan Mattelart, Université Paris 2, MSH Paris Nord, France

Intervenants :
Alexandre Bohas, Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, France
« La MPA : la diplomatie globale d’Hollywood »

Frédéric Depétris, CNRS, IEP de Paris - CEVIPOF, France
« La recomposition de l’action publique française en matière audiovisuelle et cinématographique, entre tradition corporatiste et adaptation à la mondialisation »

Veva Leye, Fund for Scientific Research-Flanders - Ghent University, Belgique
«Evaluation critique des activités de la culture et de la communication au niveau international de l'UNESCO, lié à l'alignement idéologique avec le néolibéralisme des Nations-Unis  »

Iona Popa, CNRS - Institut des Sciences Sociales du Politique, France
« Transformations des logiques de circulation internationale du livre. Les échanges entre les pays d’Europe de l’Est et la France au tournant des années 1990 »

   
 

« La MPA : la diplomatie globale d’Hollywood »

Alexandre Bohas
Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, France

Organisation rassemblant les sept majors – Buena Vista, Sony Pictures, Paramount, Warner Bros., MGM, Universal et 20th Century Fox – la Motion Picture Association (MPA) coordonne leurs politiques globales. Elle s’efforce avant tout de préserver et d’étendre le cinéma-monde où les films américains dominent. Implantée dans plus de 125 pays, elle structure en effet les marchés afin d’assurer durablement une prédominance mondiale. Pour ce faire, elle bénéficie des capacités d’actions que lui confère la puissance des firmes qu’elle représente. Affectant tant les sphères socio-économiques que les gouvernements, ses moyens se déclinent dans un continuum, de la campagne de promotion aux mesures coercitives, incluant les pressions exercées conjointement avec celles du Congrès des États-Unis.

Il convient d’analyser ce représentant prééminent du secteur cinématographique à travers deux sujets qui démontrent sa position transnationale : d’une part, la mise en place du libre-échange en matière culturelle, et d’autre part, le respect de la propriété intellectuelle. L’observation de cette politique étrangère permettra l’étude des alliances interfirmales. En outre, elle conduira à l’examen des situations critiques dans lesquelles ces professionnels ont plus particulièrement agi, lors des négociations commerciales par exemple.

Il importe également de retracer la sociogenèse de la MPA dont les pratiques se sont transformées avec la multiplication de ses investissements directs à l’étranger et l’évolution du système international. Alors qu’auparavant son activité dépendait principalement du jeu interétatique, on a assisté ces vingt dernières années à sa mondialisation, ses initiatives ne relevant plus seulement du bon vouloir de la diplomatie américaine. Si cette dernière reste un partenaire soucieux de la prospérité de son cinéma, la MPA traite désormais directement avec les autorités nationales, et s’oppose parfois à l’approche adoptée par les délégués au commerce de la superpuissance. Autant dire qu’elle a acquis une autonomie à l’égard de Washington.

Cette recherche donnera lieu à des entretiens que nous comptons mener auprès de dirigeants de cet organe à Los Angeles et de sa représentation à Bruxelles. Par ailleurs, ce porte-parole des compagnies hollywoodiennes est souvent consulté par les pouvoirs publics au cours d’audiences qui font l’objet de publications. De surcroît, il sera observé par le biais des médias : comme tout groupe de lobbying, il se manifeste souvent dans la presse spécialisée telle que Variety. Enfin, ses opérations de répression menées dans le monde sont souvent relatées dans les journaux locaux.

« La recomposition de l’action publique française en matière audiovisuelle et cinématographique,
entre tradition corporatiste et adaptation à la mondialisation »

Frédéric Depétris
CNRS, CEVIPOF, IEP de Paris, France

L’objectif de cette communication est d’analyser les transformations profondes qui affectent à la fois les espaces cinématographiques et audiovisuels français, ainsi que les modes d’action publique depuis les années 1980. Elle s’appuie pour cela sur l’étude de la dynamique des politiques du cinéma, au sein de laquelle la relation néo-corporatiste entre les professionnels du cinéma et l’Etat joue un rôle majeur. Cette communication met par ailleurs en perspective l´évolution actuelle des politiques du cinéma, marquée par de profonds bouleversements liés non seulement à la montée en puissance de la télévision et des nouvelles industries de l’image, mais aussi résultant des processus d’européanisation des politiques publiques et de mondialisation du commerce et de la culture.

La rupture engendrée par la libéralisation rapide de l’audiovisuel français est ainsi caractéristique du passage de la régulation étatique d’un espace social à une régulation par le marché. Cependant, les transformations ne concernent pas seulement l’espace de production des films et la régulation de l’activité cinématographique, mais aussi la définition de l’action publique dans le domaine cinématographique. En effet, la relance du processus de construction européenne après la signature de l’Acte unique en 1986 provoque un déplacement des jeux d’acteurs, ainsi qu’un repositionnement de l’action des pouvoirs publics nationaux. Le rôle d’entrepreneur politique de la Commission est particulièrement mis en avant dans les tentatives de déréglementation des législations nationales existantes et de promotion d’une libéralisation globale du monde de l’image et des médias électroniques, comme en témoignent encore récemment les initiatives européennes en matière de services d’intérêt général (directive Bolkenstein) et le processus de révision de la directive Télévisions Sans Frontières (TSF).

La thématique de l’exception culturelle et aujourd’hui celle de la diversité culturelle se situent à l’articulation des questions de l’Etat et de la nation, du marché et de sa régulation. L’étude de ces transformations offre ainsi une perspective intéressante pour analyser les processus de recomposition de l’action publique dans un contexte d’européanisation et de mondialisation.

«Evaluation critique des activités de la culture et de la communication au niveau international de l'UNESCO, lié à l'alignement idéologique avec le néolibéralisme des Nations-Unis  »

Veva Leye
Fund for Scientific Research-Flanders - Ghent University, Belgique

L’objectif de cette communication est d’analyser les transformations profondes qui affectent à la fois les espaces cinématographiques et audiovisuels français, ainsi que les modes d’action publique depuis les années 1980. Elle s’appuie pour cela sur l’étude de la dynamique des politiques du cinéma, au sein de laquelle la relation néo-corporatiste entre les professionnels du cinéma et l’Etat joue un rôle majeur. Cette communication met par ailleurs en perspective l´évolution actuelle des politiques du cinéma, marquée par de profonds bouleversements liés non seulement à la montée en puissance de la télévision et des nouvelles industries de l’image, mais aussi résultant des processus d’européanisation des politiques publiques et de mondialisation du commerce et de la culture.

La rupture engendrée par la libéralisation rapide de l’audiovisuel français est ainsi caractéristique du passage de la régulation étatique d’un espace social à une régulation par le marché. Cependant, les transformations ne concernent pas seulement l’espace de production des films et la régulation de l’activité cinématographique, mais aussi la définition de l’action publique dans le domaine cinématographique. En effet, la relance du processus de construction européenne après la signature de l’Acte unique en 1986 provoque un déplacement des jeux d’acteurs, ainsi qu’un repositionnement de l’action des pouvoirs publics nationaux. Le rôle d’entrepreneur politique de la Commission est particulièrement mis en avant dans les tentatives de déréglementation des législations nationales existantes et de promotion d’une libéralisation globale du monde de l’image et des médias électroniques, comme en témoignent encore récemment les initiatives européennes en matière de services d’intérêt général (directive Bolkenstein) et le processus de révision de la directive Télévisions Sans Frontières (TSF).

La thématique de l’exception culturelle et aujourd’hui celle de la diversité culturelle se situent à l’articulation des questions de l’Etat et de la nation, du marché et de sa régulation. L’étude de ces transformations offre ainsi une perspective intéressante pour analyser les processus de recomposition de l’action publique dans un contexte d’européanisation et de mondialisation.


« Transformations des logiques de circulation internationale du livre. Les échanges entre les pays d’Europe de l’Est et la France au tournant des années 1990 »

Iona Popa
CNRS - Institut des Sciences Sociales du Politique, France

En prenant l’exemple du livre, nous nous proposons de mettre en lumière l’articulation de deux logiques de circulation internationale des productions culturelles entre les pays d’Europe de l’Est et la France : l’une, politisée, régit les échanges avant la chute du système communiste ; l’autre, relevant du marché international du livre, se met progressivement en place après le changement politique survenu en 1989.

Sous le communisme, la production et la traduction de livres sont, en effet, soumises à une réglementation et un contrôle très stricts. Les échanges culturels internationaux relèvent des politiques culturelles extérieures mises en place par les régimes communistes, même si, notamment pendant les années 1980, leurs modalités se diversifient en raison du recours à des pratiques d’édition clandestines et de circulation internationale non-autorisée des livres. Depuis la chute du communisme, la mise en place progressive d’un marché éditorial dans les anciens pays communistes et le rétablissement de la liberté de circulation transforment fondamentalement les conditions de ces échanges.

Dans une perspective comparative, nous analyserons les évolutions des flux des livres importés en France en provenance de plusieurs pays de l’Est. Nous nous proposons ainsi d’évaluer, à l’aide d’indicateurs quantitatifs, les effets (durables, ou au contraire, purement conjoncturels) de l’événement politique représenté par la fin des régimes communistes sur l’évolution des flux des livres importés, tout en nous demandant s’il entraîne la diffusion internationale de livres auparavant interdits de circulation, ou encore, quel est le taux de renouvellement des choix éditoriaux. Nous vérifierons également si les hiérarchies entre ces différents flux nationaux se trouvent modifiées par rapport à la période antérieure à 1989, autrement dit, si la géométrie variable des échanges culturels entre la France et les différents pays de l’Est – qui témoigne des positions structurellement inégales qu’occupent ces pays – se maintient ou au, contraire, se redéfinit. L’examen des lieux de réception éditoriale permettra, enfin, de caractériser le remplacement du clivage autorisé/interdit – qui avait structuré l’importation des livres provenant des pays de l’Est – par de nouvelles polarités, telles que esthétique vs. commercial.