Colloque organisé par la MSH Paris Nord, la MSH des Alpes, la MSH d'Aquitaine, la MSH de Paris, la MSH Nord-Pas de Calais et le Gricis
Université du Québec à Montréal, dans le cadre de l'Action Concertée Incitative (ACI) du réseau des MSH.
  Atelier 1.1 - Ateliers 1.2 - Ateliers 1.3 - Ateliers 1.4 - Ateliers 1.5
   
Atelier 1.3 La transformation des espaces de production culturelle
   
  Président :
- Roger Delbarre, Université Paris 13, LabSIC, MSH Paris Nord, France

Intervenants :
Bart Beaty, University of Calgary - Faculty of Communication and Culture, Canada
« La légitimité culturelle et « la nouvelle bande dessinée »

David Douyère, Luc Pinhas, Université Paris 13 - LabSIC - MSH Paris Nord, France
« L’accès à la parole : la publication politique des éditeurs engagés - Édition indépendante et politique en France (1996-2006) »

Camille Joseph, EHESS, Paris, France
« Une grande maison d’édition et le rapport à l’économie : les éditions La Découverte »
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Karine Taveaux-Grandpierre, Université Paris 13 - LabSIC - IUT de Bobigny, France
« Hachette-Lagardère-Vivendi Universal, 1826-2006 : près de 200 ans au service de l’industrialisation de la culture »
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« La légitimité culturelle et « la nouvelle bande dessinée » »

Bart Beaty
Université de Calgary, Canada

Au cours des quinze dernières années, un grand nombre d’artistes d’Europe occidentale ont renversé, avec leurs pratiques de travail, les traditions qui ont dominé le domaine de l’édition de la bande dessinée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces artistes ont rejeté non seulement la forme traditionnelle de la bande dessinée (des albums en couleur, reliure caisse) mais aussi leur contenu (des histoires humoristiques ou d’aventure destinées généralement aux enfants) et ils ont cherché à aligner le champ plus étroitement avec les tendances expérimentales et avant-gardistes des arts visuels. En particulier, ces bédéistes utilisent le concept du livre d’artiste comme un moyen de distinguer leur pratiques culturelles de celles qu’ils rejettent, or, il s’agit, essentiellement, de la distinction entre art et culture populaire. Bref, des bédéistes associés à différents centres d’art autogérés coopératifs qui publient de la bande dessinée tels que l'Association, Frémok et Drozophile, ont voulu transformer un aspect de la culture populaire traditionnellement perçu comme dégradé en non-populaire en le modifiant à travers des valeurs empruntées au champ de consécration de l’art cultivé.

L’émergence de l’industrie des petites maisons d’édition (ou des centres d’art autogérés) comme une force culturelle à la fin des années 1990, a poussé les éditeurs de la bande dessinée les plus larges et établis en Europe, en France et Belgique notamment, à prendre le relais de ce mouvement pour leurs gains. En conséquence, de nombreux artistes indépendants ont migré vers de grandes maisons d’édition où ils se sont lancés dans la production de nouveaux ouvrages. Ces œuvres-là synthétisent l’esthétisme du petit éditeur tout en s’inscrivant dans le modèle dominant de la production de la bande dessinée franco-belge (des albums en couleur, reliure caisse) et dans les contraintes génériques traditionnellement associées aux grands éditeurs (des histoires d’humour et d’aventures pour les enfants). La collision de ces deux forces a donné comme résultat une forme originale de production de la bande dessinée qui est souvent appelée « la nouvelle bande dessinée ».

Cet article examinera la portée de « la nouvelle bande dessinée » et son impact sur le genre comme un champ de la production culturelle contemporaine. En particulier, l’article analysera le noyau des bédéistes qui ont migré (en part ou complètement) de la coopérative autogérée l’Association située à Paris vers Dargaud, un grand éditeur de la bande dessinée qui fait partie du conglomérat Média-Participations. Parmi ces bédéistes figurent les noms de Lewis Trondheim, de Joann Sfar et de David B. Je questionnerai comment la production de ces artistes est mobilisée pour maintenir des notions d’authenticité et de légitimité dans le champ culturel et, de plus, comment leur position intermédiaire entre des éditeurs met en évidence les divisions dominantes dans le champ tel qu’il existe aujourd’hui. Finalement, je m’arrêterai aussi sur la notion de la valeur culturelle d’un champ de production culturelle qui a été traditionnellement marginalisé.

« L’accès à la parole :
la publication politique des éditeurs engagés - Édition indépendante et politique en France (1996-2006) »

David Douyère / Luc Pinhas
Université Paris 13 – LABSIC - MSH Paris Nord, France


RESUME EN ATTENTE

« Une grande maison d’édition et le rapport à l’économie : les éditions La Découverte »

Camille Joseph
EHESS, Paris, France

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En 1983, les Editions de la Découverte ont pris le relais des Editions François Maspero (créées en 1959), petite maison d’avant-garde politique. En 1998, La Découverte a été intégrée au groupe Havas (devenu Vivendi Universal Publishing début 2001, puis Editis en 2003). Les Editions La Découverte, en tant qu’éditeur particulièrement engagé dans la publication d’ouvrages « subversifs », est une maison d’édition prise dans la polarité entre des contraintes économiques et des intérêts symboliques. Cette maison d’édition qui appartient à un grand groupe financier (Editis, propriété du holding Wendel Investissement), représente un objet d’étude particulièrement approprié : elle réunit les contradictions à l’œuvre dans les représentations des éditeurs de livres « subversifs » sur leur métier.

En effet, le discours des éditeurs sur les exigences de rentabilité est mêlé d’affirmations apparemment contradictoires. Cela tient à la présence concomitante de deux valeurs symboliquement exclusives dans les représentations d’un éditeur d’un « grand groupe » : le désintéressement qui légitime le métier d’éditeur (intérêt symbolique) et l’intérêt au profit définissant l’entreprise capitaliste (intérêt économique). Si les éditeurs reconnaissent qu’il est impossible de négliger les impératifs commerciaux, ils préfèrent mettre en avant leur désintéressement. Les éditeurs des grandes maisons d’édition essaient d’évacuer la présence des impératifs de rentabilité en les présentant comme des contraintes extérieures qu’ils subissent, mais contre lesquelles ils essaient de lutter. Ne pas tenir compte des impératifs de gestion relève dès lors de l’héroïsme. En effet, la « résistance » face à la « loi du commerce » confirme la légitimité des éditeurs, en particulier ceux qui publient des ouvrages anti-capitalistes. Leur permanente mise en scène ostentatoire de la distance qu’ils entretiennent avec l’activité économique quotidienne contribue au discours de légitimation du champ éditorial lui-même.

A partir d’une enquête de terrain sur les Editions La Découverte, ma communication s’attachera à décrypter la façon dont une maison d’édition appartenant à un grand groupe financier gère son image symbolique. Cela devrait être l’occasion de discuter de la validité de la thèse selon laquelle la période récente aurait été caractérisée par une « financiarisation » de l’économie des maisons d’édition. J’essaierai de montrer, en m’appuyant sur l’étude des catalogues, qu’il faut être prudent dans la façon de mesurer les contraintes économiques et leur impact réel sur les choix éditoriaux. Mon exposé sera largement basé sur des entretiens réalisés avec des éditeurs, entretiens qui révèlent que l’envahissement des rapports marchands - dont il n’est pas question de minimiser l’importance - dans leur côté du champ éditorial rend de plus en plus nécessaire la lutte interne pour le pouvoir symbolique.

« Hachette-Lagardère-Vivendi Universal, 1826-2006 :
près de 200 ans au service de l’industrialisation de la culture »

Karine Taveaux-Grandpierre
Université Paris 13, LABSIC, IUT de Bobigny, France


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La maison Hachette, créée en 1826, devenue Lagardère-Vivendi Universal, manifeste les stigmates des industries de la culture : ainsi le rapprochement du groupe livres-presse-diffusion du pôle financier et militaire de Matra-EADS. On peut se demander si les diversifications internationale et médiatique du groupe Lagardère n’ont pas contribué à un appauvrissement de la culture au profit du divertissement et des gains financiers. Ses prises de participation dans tous les domaines médiatiques et les technologies émergentes notamment posent la question de la pluralité des points de vue : comment peut-on s’informer et donc penser en dehors des grands groupes, n’existe-t-il pas un danger lorsque du livre scolaire aux revues numérisées nouvelle génération on ne peut accéder qu’à une information partiale, élaborée et diffusée par un groupe engagé dans le domaine militaire, n’est-ce pas là un nouvel enjeu ?

Cette intervention se propose d’étudier d’un point de vue historique la naissance d’une entreprise d’édition devenue industrie de la culture pour survivre et pour croître en s’employant à maintenir un monopole toujours en expansion. Il s’agira de comprendre si la survivance du nom « Hachette » dans ce groupe n’est qu’une façade culturelle et quelles stratégies sont développées pour la renforcer.