Colloque organisé par la MSH Paris Nord, la MSH des Alpes, la MSH d'Aquitaine, la MSH de Paris, la MSH Nord-Pas de Calais et le Gricis
Université du Québec à Montréal, dans le cadre de l'Action Concertée Incitative (ACI) du réseau des MSH.
  Atelier 1.1 - Ateliers 1.2 - Ateliers 1.3 - Ateliers 1.4 - Ateliers 1.5
   
Atelier 1.1 Concentration et transformations des filières
   
  Président :
- Marc Ménard, Université du Québec Ó Montréal, GRICIS, Canada

Intervenants :
Nicolas Brigaud-Robert, EHESS, Paris, France
«Les producteurs de télévision et l’industrialisation de la production »
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Jean-Jacques Cheval, Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3, France
« La radiodiffusion française : entre traditions et mutations, diversité et concentration »

David Mabillot, Université Paris 13, CNRS, France
« Argentique ou Numérique ? Les mutations de la filière cinématographique »

Heritiana Ranaivoson, Université Panthéon-Sorbonne-Paris 1, CES-MATISSE, CNRS, France
« La concentration des ICIC à l’heure du numérique. Le cas de l’industrie musicale »
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Franck Rebillard, Université Lyon 2, France
« L’externalisation des activités de création dans les ICIC: à propos de tendances observables dans le secteur de la presse »
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« Les producteurs de tÚlÚvision etál'industrialisation de la production »

Nicolas Brigaud-Robert
EHESS, Paris, France

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La France a connu une télévision sans producteurs. Les raisons de l'apparition du métier de producteur de télévision en France sont à rechercher à la fois dans la transformation des conditions économiques et techniques du processus de fabrication des programmes de télévision et dans le travail progressif d'unification symbolique d'un groupe d'agents qui s’est imposé dans la division du travail et qui a encouragé sa mutation.

Personne physique "gestionnaire d’un programme" ou, à partir du milieu des années soixante, entreprise privée partenaire des diffuseurs et associée à leur logique économique, le producteur se présente comme une solution à la maladie des coûts en s’appuyant sur un nouveau modèle de fabrication des programmes allié à une nouvelle esthétique. La mobilisation collective des producteurs a trouvé le soutien continu de l’Etat dont l’intervention régulatrice simultanée a permis l’affirmation et l’autonomisation relative d’un nouveau groupe professionnel.

L’analyse de la dynamique du champ, c’est-à-dire l’évolution des positions relatives des agents et des enjeux qu’ils reconnaissent comme les leurs, montre, depuis lors, que le producteur pour survivre professionnellement ne prend pas seulement en charge la rationalisation ou la normalisation du processus de production, mais aussi, dans le même temps, la recherche de novations ou de différenciations. Cette logique de destruction créatrice se fait sous la contrainte permanente de l’incertitude de la valeur qui tend à renforcer l’importance des relations de face à face en particulier avec le personnel de chaînes. L’échec des stratégies de constitution de grand groupe de production ou la relativement faible concentration du secteur s’explique en partie en raison des effets de cette dynamique. Plus de quarante ans après sa genèse en France, le métier de producteur de télévision reste le fait d’entrepreneurs dispersés.

« La radiodiffusion française : entre traditions et mutations, diversité et concentration »

Jean-Jacques Cheval
Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3, France

Une fois encore, au début du XXIe siècle, le système radiophonique français apparaît à un tournant de son existence entre traditions et mutations, diversité et concentration.

Sa situation actuelle conserve de forts éléments de permanence. Ainsi la radio française dispose encore d’un secteur public étendu, héritier d’une période historique où celui-ci disposait d’un monopole. Mis diversement en question, il n’en demeure pas moins un pôle de référence. Les radios commerciales, nombreuses et puissantes, s’organisent en groupes industriels, pour partie, issus de stations anciennes, connues sous le nom de radios périphériques : RTL et Europe 1. Enfin, les radios libres, nées des tumultueuses années 70 et souvent annoncées moribondes, persistent et constituent un 3e secteur, non commercial, conséquent sous le nom de radios associatives.

Selon des statuts particuliers, des économies et des logiques de fonctionnement différentes, ces trois secteurs contribuent ensemble à la construction d’un paysage radiophonique assez diversifié et complémentaire. De fait, les radios maintiennent une audience quotidienne importante malgré une forte hausse de la concurrence médiatique globale (la télévision et Internet).

Mais les radios françaises sont également soumises à des transformations. La régulation du secteur solidement et durablement assise, appliquée par le CSA, pourrait faire l’objet d’aménagements prochains. Le passage de la radio généraliste à la radio spécialisée se poursuit. Les programmations évoluent et s’adaptent aux nouveaux usages et aux pratiques des auditeurs, ainsi qu’à des situations de plus en plus concurrentielles. À l’instar de ce qui se passe dans les autres pays européens, les mutations technologiques autour de la convergence numérique se profilent aussi comme des aspects essentiels de ces transformations, même si leurs effets ne semblent pas encore déterminants. À tous les niveaux, l’économie de la radio joue un rôle essentiel. La concentration des structures et des formats largement engagée dans le secteur commercial autour de trois groupes, dont le groupe NRJ relativement récent, pourrait concerner également le secteur public et le secteur associatif. Le risque existerait alors d’un amoindrissement du pluralisme radiophonique français.

« Argentique ou Numérique ? Les mutations de la filière cinématographique »

David Mabillot
Université Paris 13, CEPN - CNRS, France

Le cinéma numérique fait-il partie de ces technologies tant attendues mais qui n’arrivent jamais ? Début 2006, on compte encore sur les doigts d’une main le nombre de cinémas équipés pour la projection numérique en France. Cinq ans ont passé depuis les premières déclarations de Georges Lucas selon lesquelles la distribution numérique des films en salles s’imposerait rapidement et signerait en retour l’arrêt de mort de la pellicule argentique.

Paradoxalement, les technologies du numérique sont disponibles tout au long de la filière traditionnelle du cinéma. Si les caméras numériques sont de plus en plus utilsées pour les tournages, la distribution numérique reste marginale, le déploiement stagne et l’opposition des exploitants de salles reste vive. Face aux bénéfices annoncés, cette situation surprend.

Force est de constater qu’une partie de l’industrie du cinéma résiste au numérique... La projection numérique oppose d’un côté les distributeurs qui sont les gestionnaires mondiaux des droits de l’actif versionnable (le film) et de l’autre les exploitants qui sont les responsables de l’infrastructure locale (salles de cinéma) dédiée à la version de qualité cinéma (pellicule argentique).

L’objet de cette contribution est d’expliquer les raisons de cette résistance et de révéler les enjeux qu’elles cristallisent. Pour ce faire, nous appliquerons les travaux de M. Porter (2004, pp. 29-46) et de la nouvelle économie de l’information et des réseaux (Varian et Shapiro).

« La concentration des ICIC à l’heure du numérique. Le cas de l’industrie musicale »

Heritiana Ranaivoson
CES-Matisse, Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, CES-MATISSE, CNRS, France

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La fusion réalisée l’été dernier entre la filière musicale de Sony et celle de Bertelsmann peut n’être vue que comme une nouvelle étape d’un processus long de concentration de l’industrie musicale, qui conduit aujourd’hui à une situation dans laquelle quatre maisons de disques, les majors contrôlent 75 % de la distribution de disques, trois de ces majors appartenant à des leaders mondiaux du secteur de la communication.

Le développement des technologies numériques vient cependant modifier la donne. Théoriquement, parce qu’en réduisant les coûts de production et diffusion et en permettant l’accès à un marché potentiellement mondial, elles favorisent l’émergence et le développement de petites structures. Dans la pratique parce que les nouveaux entrants s’avèrent être de puissantes firmes principalement issues du monde de l’informatique, tel Apple ou Microsoft.

Cette contribution a pour objet la concentration des industries de la culture, en particulier l’industrie musicale. Quelles sont les causes de la concentration accrue de l’industrie musicale ? Quelles formes revêt cette concentration ? Quel est son impact sur la concurrence et la diversité ?

Dans un premier temps nous nous intéresserons aux déterminants de la concentration de l’industrie musicale. Du point de vue des entreprises, l’existence d’économies d’échelle, la réduction des coûts de transaction et la recherche de synergies expliquent en grande partie le niveau de concentration. Encore faut-il prendre en compte les structures nationales de la vente au détail, et les modifications induites par les nouvelles pratiques sur Internet (peer-to-peer, etc.). Nous rappellerons également l’importance de l’influence des innovations technologiques sur la structure de l’industrie musicale (Alexander, 1994).

Nous étudierons ensuite les formes prises par la concentration, une étude reposant essentiellement sur une comparaison internationale de données issues des antennes nationales de la Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique (Ifpi) et portant sur la concentration de la production, de la distribution et de la vente au détail, en particulier depuis l’avènement du CD puis d’Internet.

Enfin, nous nous intéresserons à l’impact de cette concentration, d’abord par l’étude de la littérature économique et sociologique qui traite de l’impact du niveau de concentration sur les prix pratiqués, l’innovation et la diversité de la production (Berger et Peterson, 1975 ; Dixit et Stiglitz, 1977). Ensuite, nous aborderons cet impact de la concentration sous l’angle des problèmes rencontrés vis-à-vis du droit de la concurrence, notamment dans le cas des fusions-acquisitions et des Digital Rights Management systems (DRMs).

« L’externalisation des activités de création dans les ICIC : à propos de tendances observables dans le secteur de la presse »

Franck Rebillard
Université Lyon 2, France

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Dans la presse écrite, les activités de création (travail journalistique) sont encore fréquemment effectuées au sein d’entreprises qui, simultanément, assurent la confection du bien (mise en page, impression du journal) voire sa mise en marché (vente des journaux et des espaces publicitaires). En comparaison d’autres filières des ICIC où le niveau de la conception est davantage séparé de la production et de la distribution, l’intégration verticale des entreprises de presse a ainsi pu constituer une particularité, qui tend toutefois à s’estomper.

Dans les trois voies où la presse s’est le plus développée récemment en France, on peut observer un mouvement d’externalisation des activités de création. La presse magazine spécialisée repose sur des cellules-titres coordonnant le travail de collaborateurs extérieurs (pigistes). La presse en ligne engendre peu d’informations originales faute d’équipes dédiées adéquates, et diffuse principalement des contenus élaborés pour d’autres supports. La presse quotidienne gratuite recourt fortement à des sources externes, se centrant parfois sur la compilation de dépêches d’agences et de communiqués.

Ces tendances peuvent d’abord être analysées comme un alignement du secteur de la presse sur une configuration relativement transversale aux ICIC. Elles peuvent aussi être rapportées à des évolutions plus larges du processus industriel, favorisant la flexibilité et la productivité. Cette logique de rationalisation des coûts sous-tendant l’externalisation de la création peut s’avérer, sur la longue durée, difficilement compatible avec les logiques de renouvellement des formes propres aux ICIC, et de couverture pluraliste de l’actualité encore plus spécifiques à la presse.